Un parcours d’intégration guidé par la résilience
Originaire de la région du Nord-Kivu, en République démocratique du Congo, la famille de Monsieur Katumba a dû fuir les persécutions vécues dans leur pays. Le départ fut furtif, marqué par l’urgence et la peur.
La famille a trouvé refuge en Ouganda, un pays voisin. Là-bas, ils ont trouvé asile dans le camp de réfugiés de Nakivale, l’un des plus anciens camps de réfugiés en Afrique. Plus de 100 000 personnes y vivent, venant de divers pays avoisinants. Les conditions de vie n’étaient pas simples : habitat précaire, manque de confort, crainte constante dans les interactions entre les gens du camp. La nourriture était sommaire, il fallait apprendre à se contenter de peu. Malgré tout, les enfants ont pu être scolarisés, et la famille s’est investie dans le travail agricole.
À leur arrivée au Québec, la famille a choisi de se concentrer pleinement sur son intégration. Consciente du grand écart entre ses repères culturels et les codes socioculturels québécois, elle a fait preuve d’une volonté exceptionnelle de s’adapter.
Grâce à la francisation, mais aussi à l’intégration dans le monde du travail — et ce, malgré un âge avancé — Monsieur Katumba a fait des efforts remarquables pour s’insérer progressivement. Le travail est devenu non seulement un moyen d’apprentissage linguistique, mais aussi une façon de retrouver confiance et fierté. Son milieu professionnel est fier de lui, et lui-même est heureux de voir son évolution. Il parle avec gratitude de cette nouvelle vie qui lui a permis de prendre conscience de ses forces, comme un second souffle.
Madame, en particulier, a trouvé un bel équilibre en se joignant à d’autres femmes africaines pour cultiver des fruits et légumes ici aussi. Ce projet lui apporte non seulement un lien avec ses racines, mais aussi un vrai sentiment d’utilité et d’accomplissement personnel.
Anastazi, l’un des jeunes de la famille, a joué un rôle essentiel durant cette période. Grâce à sa connaissance de l’anglais, il est rapidement devenu un point de repère pour les siens. Cela représentait une lourde responsabilité pour quelqu’un de son âge, mais il a porté ce poids avec maturité, devenant un pilier silencieux pour sa famille.
Les démarches administratives, lourdes au départ, sont devenues plus accessibles avec le temps. La famille a gagné en autonomie, et les petits succès dans leurs parcours ont renforcé leur confiance, ponctuant leur intégration d’étapes concrètes et encourageantes. Aujourd’hui encore, ils entretiennent un lien d’amitié avec Zeina, une intervenante qui les a beaucoup soutenus et avec qui un vrai lien d’affection s’est tissé.
Mais malgré tout ce chemin parcouru, un constat demeure un peu douloureux. La plus jeune de la famille, arrivée très jeune, s’est rapidement adaptée à la culture québécoise — ce qui, en soi, est une belle réussite. Cependant, elle a peu à peu perdu sa langue maternelle. Cela rend parfois la communication difficile avec certains membres de la famille, surtout les plus âgés. C’est une réalité bien plus fréquente qu’on ne l’imagine, et elle crée un sentiment de rupture entre les générations, comme si une partie de l’histoire familiale s’effaçait doucement.
Malgré ce petit deuil linguistique, la famille continue d’avancer avec courage et espoir. Ils savent d’où ils viennent, mais surtout, ils voient clairement où ils vont. Leur histoire est une belle preuve que l’intégration est possible, quand elle est soutenue, respectée, et portée par la volonté de ceux qui y croient.